Ecole et éducation : Racket, bagarre, "tournante", racisme, antisémitisme : Les zones d'ombres de l'école française

Publié le par La vérité depitée

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La basilique de Saint-Denis, où reposent les rois de France, n’est qu’à quelques stations de RER ou de métro du coeur de Paris. Mais en vingt minutes de trajet, on change radicalement de monde.

 

Je me souviens m’y être rendue il y a dix ans, trois mois après la réélection de Jacques Chirac. À la sortie du métro, les jeunes filles voilées étaient déjà nombreuses devant l’université. À l’entrée de la basilique, alors occupée par des sans-papiers, trois femmes voilées de noir, assises derrière une longue table qui barrait l’accès de la nef, contrôlaient les visiteurs. Ce jour-là, j’ai pensé que si j’avais dû habiter là-bas, j’aurais probablement voté FN.

 

L’année d’après, à la suite d’une “tournante” dans un collège du “9-3”, je rendais visite à la principale dudit collège. Mobilier moderne, batterie d’ordinateurs… Mais cette belle femme d’origine tunisienne, la cinquantaine élégante, se montrait découragée : sur ses 617 élèves – dont 50 % étaient d’origine africaine et 35 % d’origine maghrébine, le reste composant une mosaïque de Kurdes, Pakistanais, Turcs, Irakiens, etc. – , la moyenne des notes, bien que relevée pour plaire au ministre, était de 6,4 sur 20. « Si vous saviez, pourtant, soupirait-elle, tout ce qu’on fait : l’aide personnalisée, l’éducation à l’hygiène, à la sexualité, au droit…» Mais rien n’empêchait les résultats désastreux en matière d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Ni les violences.

Quelques jours auparavant, un adolescent juif avait été tabassé par une quinzaine de blacks, beurs et Blancs. Six professeurs avaient dû s’interposer pour empêcher qu’on lui fracasse la tête contre une baie vitrée. Alors, ses parents étaient allés inscrire leur bûcheur à lunettes, qualifié par ses camarades de “bouffon”, dans un établissement parisien.

 

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Un peu plus loin, sur la ligne de RER, on pénètre dans le Val-d’Oise. Là, à Goussainville, dans un lycée tout neuf, en face d’immeubles roses de trois étages, les profs s’étaient mis “en retrait” après le passage à tabac d’un surveillant qui tentait de s’opposer à un racket. Ils exigeaient du ministère la construction, autour de l’établissement, de véritables douves. En attendant, regroupés en état de siège dans un bureau, ils parlaient, parlaient : « Ils vous projettent du gaz à la figure si on ouvre la porte… » Qui ça, “ils” ? « Je vous préviens, m’interrompit une enseignante, très choquée : si vous posez ce genre de questions, on vous vire ! »

 

Je poursuivis cependant mon tour de France, avec mes questions. De Roubaix à Marseille, mais aussi à Brive, au coeur de cette “France profonde” réputée paisible où, dans un collège modèle avec atelier de théâtre et de danse et réfectoire pimpant ouvrant sur un jardin, un professeur venait d’être agressé… Je voulais mettre à jour mon livre Le bonheur d’être français et il me fallait voir aussi, parmi tant de paysages merveilleux, d’entreprises innovantes et de raisons d’espérer, les zones d’ombre. Je n’avais pas pensé qu’elles seraient si nombreuses. Mais je croyais encore à la volonté politique.

 

J’ai du mal à y croire encore aujourd’hui, après cinq années de “volontarisme” et de discours musclés sur la « racaille », la burqa, les chômeurs fraudeurs et le « vrai travail »… Où Nicolas Sarkozy, qui promet maintenant de « mettre tous les moyens » pour les enfants abandonnés de la République, trouvera-t-il les moyens nécessaires ? Et François Hollande, qui prend un ton martial pour affirmer qu’il va recréer de la croissance ? Se souvient-il de François Mitterrand, qui avait promis 5 millions d’emplois – et qui franchit, dès octobre 1981, le cap des 2 millions de chômeurs après avoir annoncé une première dévaluation du franc, tandis que son premier ministre, Pierre Mauroy, s’époumonait : « La reprise arrive ! Elle est là ! Il faut y croire ! »

 

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Coup de blues. On voit bien tout ce qu’il faudrait faire pour rendre la France plus compétitive et fraternelle à la fois. Il faudrait commencer par construire des centaines d’internats… mais les caisses sont vides.

En attendant l’heure de vérité, qui arrivera dès le lendemain de la victoire de l’un ou de l’autre, ce n’est déjà plus “le déjeuner sur l’herbe”. Marine Le Pen a obligé les deux finalistes à reparler de la crise. Mais le candidat de la droite compte surtout sur la peur d’une dégringolade à la grecque et sur la nostalgie des frontières ; le candidat socialiste compte avant tout, lui, sur le rejet du président sortant. Tous deux ouvrent les bras aux électeurs du FN, qu’on ne trouve plus seulement, comme il y a dix ans, dans les anciennes “banlieues rouges”, mais aussi dans la France rurale. Mais tous deux savent bien qu’ils ne pourront pas emprunter davantage pour améliorer leur sort. Reste la magie des discours. Pourvu que ceux-ci n’attisent pas que les mauvais sentiments !

 

Christine Clerc

Source : valeursactuelles.com

Publié dans Société

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