Musique : Orelsan, retour sur la polémique inutile

Publié le par La vérité depitée


 

 

Depuis quelques jours, le sujet est sur les lèvres de tous les médias d’information. Le jeune rappeur Caennais Orelsan est mis en cause pour la diffusion sur Internet de son clip (élégamment) intitulé « Sale P*te », accusé de faire l’apologie de la violence adressée aux femmes.

 

Ce clip, narrant l’histoire d’un jeune homme « largué » par sa copine, qui se réfugie dans l’alcool et lui envoie un email teinté de menaces explicites, présente des textes crus et empreints – il est vrai – d’une certaine brutalité. Marie-Georges Buffet, Première Secrétaire du Parti communiste, a demandé qu’Orelsan soit déprogrammé du Printemps de Bourges, où il devait se produire en concert le 25 avril prochain. Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la solidarité, a ensuite demandé aux dirigeants des sites de vidéo en ligne de « retirer immédiatement le clip incriminé », ajoutant qu’elle soutiendrait en parallèle les associations qui souhaiteraient porter plainte contre le rappeur.

 

A la lecture de toutes ces polémiques, je dois admettre que j’ai été effaré. Effaré tout d’abord parce que j’apprécie, à titre personnel, le travail d’Orelsan et son premier album, sorti récemment, intitulé « Perdu d’avance », qui ne m'avait jamais choqué. Effaré, ensuite, parce que le clip dont il est question date de plusieurs mois, le morceau ayant été écrit en 2007, et qu’il n’y a donc rien de nouveau. Effaré enfin, tant les accusations qu’on lui porte paraissent aux antipodes du tempérament calme et posé de l’intéressé qui, il faut bien l’admettre, dénote radicalement du « gangsta rap » que peuvent incarner en France des rappeurs comme Booba, Sefyu, Rohff, Alibi Montana ou MC Jean Gab’1.

 

Mais ce qui me dérange surtout, c’est que l’on jette ainsi en pâture le jeune rappeur sous prétexte « d’incitation à la violence contre les femmes », chose ahurissante s'il en est, qui m’interroge beaucoup sur les portes ouvertes par un tel raisonnement, et les bornes qu’on posera pour en placer les limites. Devrait-on, de la même manière, condamner Steven Spielberg pour incitation à la violence lorsqu’il retranscrivait de manière crue la violence des combats de la 2nde guerre mondiale dans Il faut sauver le soldat Ryan ? Devrait-on, à titre posthume, flageller Stanley Kubrick pour la barbarie d’Alex dans Orange Mécanique ? Devrait-on considérer que Jonathan Littell dans l’ouvrage qui lui valait de remporter le prix Goncourt en 2006, faisait l’apologie des crimes nazis ?

 

A juger ainsi que la retranscription narrative des agissements d’un personnage fictif ne soit pas différente de celle d’un acte militant et personnel quelconque, on s’apprête à brider de manière considérable l’expression artistique dans tous ses registres. En l’espèce, les réactions sont d’autant plus disproportionnées qu’Orelsan, conscient du caractère excessivement explicite des paroles de la chanson « Sale P*te », avait choisi de ne pas la faire figurer sur son album, et ne la joue donc pas en concert. Il a de surcroît prononcé des excuses publiques, regrettant que l’on ait pu ainsi polémiquer sur ce titre.

 

« Nous sommes exclusivement dans l'expression d'une pulsion que toute personne à qui ce type de [rupture sentimentale] serait arrivé aurait pu être amené à ressentir dans ce genre de situation. En aucun cas ce texte n'est une lettre de menaces, une promesse de violence ou une apologie du passage à l'acte » a précisé dans un communiqué, à juste titre, le rappeur de Caen.

Nous sommes donc loin d’être en présence de quelqu’un de délibérément provocateur, qui rechercherait l’exploitation médiatique en imposant au grand public des présentations incitatives à toute forme de haine.

 

Dans une société où la violence est permanente dans la rue, sur Internet ou sur les écrans de télévision, il me semble que l’on serait bien inspirés de mettre nos priorités ailleurs qu’au sujet d’un rappeur qui sera une cible d’autant plus confortable qu’il ne se situe pas parmi les plus rebelles d’entre eux.

 

En toute objectivité, il convient d’admettre qu’Orelsan ne représente pas la moindre menace, et encore moins la moindre responsabilité, sur le fléau national qu’est la violence faîte aux femmes. Ce qui est grave, c’est qu’à focaliser l’attention sur ce genre d’anecdotes, on en vient à détourner le regard du fond du problème dont il est question en filigrane.

 

C’est donc ici d’un véritable « non-sujet » dont il s’agit. J’ose espérer que la polémique sera rapidement close, et que nous n’assisterons pas à une recherche de bouc-émissaire qui, sauf à satisfaire une poignée de militants un peu déconnectés du fond des combats qu’ils souhaitent défendre, ne résoudrait aucun des vrais problèmes auxquels nous sommes confrontés.

 

Publié le 29 mars 2009

Source : www.julienpolat.typepad.fr/blog

 

Orelsan explique : « Dans cette chanson j'essaie de montrer comment une pulsion peut transformer quelqu'un en monstre. J'ai tourné un clip où je porte un costume cravate et bois de l'alcool, pour montrer qu'il s'agit d'une fiction. En aucun cas, je ne fais l'apologie de la violence conjugale. L'attitude de ce personnage me dégoûte, mais j'ai l'impression de représenter artistiquement la haine comme a pu le faire un film comme Orange mécanique ».

 

Source : wikipedia.org/wiki/Orelsan

 

Publié dans Culture

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