Politique : Les socialistes doutent de François Hollande

Publié le par La vérité depitée

[...] Même les militants s'interrogent désormais. «Je vais voter Hollande mais je ne suis pas sûr qu'il soit élu», confessent certains d'entre eux dans les meetings du candidat PS. Chez les responsables socialistes qui sont sur le terrain, les commentaires sont identiques: «Les gens commencent à flipper, à avoir peur, raconte l'un d'eux. Ils ne sentent pas la campagne. Elle est en train de tourner.» L'ombre du doute commence à planer au PS, alimentée par les difficultés récentes de François Hollande. La percée du candidat du Front de gauche a surpris nombre de socialistes: peu d'entre eux l'avaient anticipée.

 

[…] A l'inverse de Nicolas Sarkozy qui, pour l'élection présidentielle de 2007, avait mené un travail de réappropriation idéologique des valeurs de la droite, et qui a démarré celle-ci sur les mêmes bases, les socialistes se sont surtout appliqués à régler leurs querelles d'ego avec le mécanisme des primaires. Avec un projet en forme de plus petit dénominateur commun, les valeurs de gauche sont restées en jachère. En fin stratège politique, Jean-Luc Mélenchon s'en est emparé. Et c'est bien ce qui fait aujourd'hui son succès. Par effet de contraste, sa percée vient souligner les failles idéologiques d'un PS qui ne s'est jamais réellement remis en question depuis la défaite de Lionel Jospin en 2002.

 

«Il est clair que les choix faits ces dernières semaines n'ont pas été des choix d'affirmation forte, a récemment déploré la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann sur l'aile gauche du PS. A l'étape où nous en sommes, Mélenchon ou pas Mélenchon, il y a besoin de donner un nouveau tempo et de répondre aux questions que se posent les Français.» Difficile d'être plus critique sur l'orientation de la campagne de Hollande!

 

[…] Le candidat socialiste en est persuadé, le candidat du Front de gauche ne prendra pas le risque de la surenchère entre les deux tours et s'appliquera à faire gagner la gauche en se ralliant sans coup férir. Voilà pourquoi «il faut se garder de tout débat contradictoire avec Jean-Luc Mélenchon», confie François Hollande.

 

Pour l'heure, les socialistes s'efforcent de gérer leur encombrant concurrent de gauche. «Il y a l'homme, il y a les propositions, il y a la stratégie», a résumé Laurent Fabius. L'homme? Les socialistes l'aiment bien. Après tout, il reste l'un de leurs anciens camarades. Ses propositions? C'est là que ça commence à coincer. Pas grand monde au PS n'imagine une seconde appliquer la moindre des mesures de Jean-Luc Mélenchon tant elles relèvent d'un modèle qui a fait les preuves de son inefficacité totale. Reste la question de la stratégie. A défaut d'être innovante, elle présente le mérite de la simplicité: jouer à fond sur l'anti-sarkozysme. «Si on veut battre M. Sarkozy et si on veut que le nouveau président soit de gauche, celui qui est placé efficacement pour gagner, c'est François Hollande», a expliqué l'ex-Premier ministre de François Mitterrand. C'est le ressort principal de la campagne des socialistes. Pas un meeting, pas une réunion publique, pas une intervention où François Hollande n'abreuve son auditoire d'attaques à foison contre le président sortant. Mais le modèle commence à trouver ses limites.

 

[…] Mais le phénomène Mélenchon n'explique pas tout. Les doutes des socialistes reposent aussi sur le candidat et sa stratégie. «Il est mauvais, voilà tout, résume de manière un peu brutale un de ses camarades. Il a tenu miraculeusement deux mois, mais désormais les médias ont changé d'avis sur lui.» Si le jugement peut paraître sévère, il illustre la déception et l'agacement devant cette campagne qui devait se dérouler sous de bons auspices. «Elle était facile à faire, explique un de ceux qui ont été tenus à l'écart. Mais Hollande est le fils de Jospin. Sa pensée se résume à: je suis ni pour ni contre, bien au contraire!» Là où un Sarkozy, voire un Mélenchon ont des positions tranchées, Hollande donne l'impression de vouloir ménager tout le monde. «Ce n'est pas parce que tu bouges et que tu te déplaces en province que tu imprimes quelque chose, regrette un élu. Hollande tient deux meetings par jour, mais qu'est ce qu'il en reste?»

 

Entre deux passages contre le chef de l'État, voici donc ce que François Hollande racontait ces jours-là au public: «Un jour, le courage frappe à la porte de la peur. La peur demande: «Qui est là?» Le courage répond: «C'est moi, le courage.» La peur avertit: «Courage, sachez bien que je suis la peur et que vous ne devez pas entrer.» Le courage, n'entendant que son courage, force la porte et, à sa grande surprise, découvre qu'il n'y a personne derrière la porte. Parce que la peur est un spectre. Parce que la peur est en définitive une invention, une illusion de l'esprit. Un fantôme que l'on agite. Et, à chaque fois que l'espoir prend son courage, eh bien il vainc l'angoisse, la peur et la crispation!» Les militants sont restés interloqués. Si bien que François Hollande a rapidement enlevé ce conte de ses discours.

 

En début d'année, à un de ses amis qui lui demandait pourquoi il avait tenu à aller en Corrèze, dans le fief de François Hollande, Nicolas Sarkozy avait répondu: «Je voulais voir s'il avait toujours peur de moi!» «Et alors?» lui a demandé son interlocuteur. «C'est le cas», a répondu, satisfait, celui qui n'était pas encore candidat et que les sondages donnaient largement battu par son futur concurrent socialiste.

 

Source : figaro.fr 0b118cfe-7fd7-11e1-80f1-2fdde9220501-493x328.jpg

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