Sujet de société : F. Beigbeder, le bobo par excellence

Publié le par La vérité depitée

Frédéric Beigbeder : “On peut dire du bien des bobos !”

 

Pas besoin de le cuisiner, Frédéric Beigbeder l’avoue d’entrée de jeu : “Je pense que je suis un bobo”. Je pense que… Pas sûr de lui ? Il analyse :

“Je suis né à Neuilly dans une famille de bourgeois béarnais avec une cuillère en argent dans la bouche. J’ai essayé de maintenir ce confort en travaillant beaucoup, donc bourgeois. Suis-je bohême ? J’ai des positions politiques plutôt de gauche, suis pour le changement, le partage des richesses, l’augmentation des impôts, un revenu minimal à la naissance. L’idée de partage et de gratuite est une idée d’avenir”.

S’il reconnaît avoir la trouille des Vélib’, c’est le seul aspect négatif qu’il retiendra du bobo. Lui aussi a l’image classique du mec qui porte un bébé sur son ventre en faisant du roller, mais Frédéric se pose en soutien des bobos.

“On peut dire du bien des bobos ! Je préfère cent mille fois un bobo, quelqu’un qui a eu la chance de naître dans un milieu favorisé mais réfléchit là-dessus, à un bourgeois qui veut payer moins d’impôts ou amener son argent en Suisse. C’est pour ça que je défends les bobos.”

Le sujet l’intéresse et Beigbeder part à la recherche du bobo dans l’histoire (“Les premiers bourgeois étaient des bobos puisqu’ils ont renversé la monarchie. C’étaient des révoltés”) ou dans la littérature avec les personnages de Tchekov tout comme celui du Guépard ou encore dans le Voyage au bout de la nuit de Céline (“Bardamu était peut-être le premier bobo, ou alors L’Etranger, de Camus). Sans perdre de vue l’aspect risible du bobo…

“Tu as des bobos qui vont acheter du bio, prendre une douche au lieu d’un bain, mais au fond, on sait que ces comportements sont ridicules face à des événements qui nous dépassent, vont nous broyer et aboutissent à un suicide collectif de l’humanité entière. Ce qui nous plaît et que nous trouvons ridicule là-dedans, c’est notre immobilisme. Tout cette attitude de révolte et de refus de l’embourgeoisement des bourgeois, c’est la nôtre. Derrière l’idée que les bobos nous énervent et nous fascinent, il y a les idées que les êtres humains des pays riches sont impuissants.”

Un ridicule qui expliquerait pourquoi rares sont ceux à se revendiquer bobo au premier degré depuis onze ans qu’existe le terme, alors que ce blog et ce livre sont nés parce que des gens ont assumé être des bobos de merde, intégrant leurs contradictions.

“Je ne connaissais pas votre blog, mais ça me fait hurler de rire. Parce que je suis lucide, j’adore me foutre de ma propre gueule, j’adore me moquer de tous les travers contemporains et je trouve que bobo de merde est une bonne expression dans laquelle il y a un effet miroir. Justement, j’ai 45 ans, je suis au Montana à parler avec des enfants pour rester jeune, c’est très ridicule. C’est bien la lucidité. Ca rejoint une schyzophrénie que j’avais en écrivant 99 francs…”

Une obsession de ne pas vieillir, de rester dans le coup, qui rend le bobo grotesque, victime du syndrome de Peter Pan. Victime aussi de son éducation traditionnelle…

“Les religions judéo-chrétiennes sont des religions de culpabilité. Il y a tellement de bobos parce qu’ils ont tous été éduqués dans ces religions. Tous ces trucs écolos sont le reflet de cette culpabilité.”

La culpabilité, un élément fondateur du bobo, que nous avons creusé. Culpabilité de sa condition bourgeoise par rapport au monde en crise, dans le cas d’un bobo comme Benoît. Culpabilité de son nouveau milieu social par rapport à des origines qu’on ne veut pas oublier, dans le cas d’un bobo comme Bixente.

“Vous vous rendez compte que vous faîtes un livre qui va sans doute s’intituler Bobos de merde, ce qui est un très bon titre. Et que le livre, apparamment léger que vous avez projeté d’écrire ne sera pas léger. Ca sera un livre profond sur la politique, la religion, la société actuelle. Les menaces qui pèsent sur les bobos de merde sont très profondes. Le bobo est un anti-héros, c’est peut-être le premier post-humain. Éclater de rire et se moquer de ça est une manière de survivre. Ça va vous emmener loin ce projet…”

 

Source : bobodemerde.com

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