Sujet de société : Trop de jeunes filles adeptes de beuveries

Publié le par La vérité depitée

 

 

 

Elles ont 14 ou 16 ans et sont de plus en plus nombreuses à se saouler lors de soirées, jusqu'au coma éthylique.

 

Elles ont 14, 16 ou 18 ans, des sourires sages et des regards qui s'assombrissent quand elles évoquent leurs jeunes souvenirs. Ces jeunes filles à l'air un peu égaré sont prises en charge au centre Abadie, rattaché au CHU de Bordeaux. Elles y soignent leur boulimie ou leur anorexie, certaines y sont admises après une tentative de suicide, d'autres parce qu'elles s'automutilaient. En parallèle, elles sont de plus en plus nombreuses à avoir connu des ivresses vertigineuses, des épisodes d'alcoolisation massive, jusqu'à la perte de conscience. Une pratique auparavant plutôt caractéristique des jeunes garçons. «Au CHU de Bordeaux, tous les week-ends, deux jeunes filles d'une quinzaine d'années sont hospitalisées pour coma éthylique», avertit le psychiatre Xavier Pommereau, le directeur du centre, pointant, accrochés aux murs des couloirs, photos et dessins que les jeunes patients ont réalisé à sa demande pour qu'ils appréhendent mieux leurs limites.

 

Aujourd'hui âgée de 20 ans, Clémence est suivie depuis plusieurs années. Jean et tee-shirt, cheveux châtains attachés, rien ne la distingue d'une autre fille. Elle a commencé à boire à l'adolescence, «un peu, beaucoup, passionnément». De la bière uniquement, pas comme ces filles qui confondent souvent alcool et bonbons. «Et puis je me suis retrouvée à l'hôpital à cause d'un coma éthylique. Ça m'est déjà arrivé plusieurs fois mais mes amis n'ont pas appelé les pompiers car ils avaient peur de se faire réprimander», rapporte Clémence sans sourciller.

 

Au-delà de la beuverie incontrôlée, il faut voir dans ces débordements un «véritable appel à l'aide, une forme de tentative de suicide “non homologuée”», souligne le psychiatre qui constate une féminisation de ces ivresses et un rajeunissement de l'âge des buveurs. Ce phénomène nouveau aurait émergé au début des années 2000 avant de s'accentuer il y a quatre à cinq ans. «Désormais, le centre compte environ 40 % de jeunes patients ayant eu des conduites à risque avec l'alcool», lance ce spécialiste des ados, toujours en train de courir entre un groupe de parole pour les parents, une médiation et la préparation d'un colloque.

 

 

 

Bière aromatisée

 

De sa voix très calme, Alice raconte ses errements comme si elle évoquait la vie d'une autre. Le récit de ses sorties du vendredi soir avec son groupe de copines, agrémentées de passoa noyé dans du jus d'orange ou de gin tonic aromatisé, ne transpire pas le désespoir. Ni ses soirées avec des garçons où l'on multiplie les jeux à boire, où l'on mise sur la Desperados, une bière aromatisée à la tequila, pour ne pas sombrer trop vite. «On est joyeuses, on rit pour un rien. Ça libère l'esprit», rapporte-t-elle avant de confier qu'elle s'est retrouvée à l'hôpital en janvier après avoir vomi du sang. «J'étais à jeun depuis trois jours. J'avais juste mangé un peu de pain et j'ai bu trop vite à cause d'un jeu», avoue cette bonne élève qui souffre d'anorexie-boulimie. L'adolescente, qui estime «ne pas avoir de problème avec l'alcool», raconte aussi qu'elle s'accordait deux verres de bière le soir, durant la période la plus difficile de sa maladie, quand elle n'arrivait pas à dormir.

 

Ces jeunes filles ne sont pas des habituées du zinc. Issues des beaux quartiers ou de la petite-bourgeoisie, elles s'enivrent dans l'intimité feutrée des appartements, généralement lors de soirées entre amis, parfois dans des plus grosses fêtes ou simplement «avec des copines». Dans un «cocon» où elles se sentent protégées mais qui n'empêche pas les débordements. Clémence s'est ainsi retrouvée à plusieurs reprises dans des situations délicates. Après s'être endormie, saoule, dans un tram, elle s'est réveillée seule et perdue dans un endroit «infréquentable» au bout de la nuit. «J'ai eu très peur et j'avais honte. Mes parents ont dû venir me chercher», se désole-t-elle. Et puis il y a eu les histoires avec les garçons, les dérapages incontrôlés. «J'ai eu une relation sexuelle quand j'étais ivre avec un garçon qui était en couple. Il m'a ensuite accusé de viol», soupire-t-elle affligée.

 

«Je pouvais me retrouver dans un lit sans savoir comment j'étais arrivé là. En se laissant porter par les événements, on va parfois plus loin que ce que l'on avait prévu», confesse aussi May, adolescente à la chevelure rousse éclatante et aux chaussures vertigineuses. «Vodka, manzana, tequila… Je n'ai jamais été alcoolique mais je sais ce que c'est que de boire beaucoup en une fois, décrit cette ancienne adepte du binge drinking. C'était pour moi une façon d'aller au bout des choses, de voir la limite.»«C'est un acte de rupture avec la réalité, pour faire cesser un état de souffrance, confirme Xavier Pommereau. De plus en plus, c'est aussi une manière d'entrer dans l'adolescence et ce, de plus en plus tôt, dès 11-12 ans. Nos rites de passage se sont appauvris et nos enfants se débrouillent avec ces rites de consommation», regrette-t-il.

 

Source : lefigaro.fr

 

Publié dans Société

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