Science : Einstein, le génie du plagiat ?

Publié le par La vérité depitée

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L'année 2005, "année mondiale de la physique" devrait célébrer le centenaire de l'annus mirabilis (année merveilleuse ou miraculeuse) du jeune Einstein qui publiait en 1905, à 26 ans, 3 ou 4 articles fondamentaux qui ont bouleversé toute la physique : effet photo-électrique le 18 mars (fonde la théorie quantique), mouvement brownien des atomes le 11 mai (fluctuation statistique de l'entropie prouvant la réalité des atomes), relativité restreinte le 30 juin, complété en septembre par E=mc2 ! Einstein lui-même représente le génie solitaire, le prototype du savant exceptionnel, d'une intelligence excentrique au point qu'on en analyse encore son cerveau de nos jours pour tenter d'en percer le secret ! Il n'est pas mauvais que dans ce délire hagiographique se fassent entendre des voix discordantes et qu'on ramène les choses à des proportions plus humaines en montrant tout ce qu'il doit à d'autres, en premier lieu Poincaré sans doute. Ce n'est pas une raison pour aller jusqu'à désupposer tout savoir à Einstein, réduit à l'état d'habile faussaire, d'ambitieux et de voleur ! Il est absolument ridicule de voir comme on voudrait qu'il ait tout pris à sa femme (qui n'a rien fait d'autre pourtant), que de toutes façons tout était déjà dans Poincaré (qui reconnaissait pourtant le génie d'Einstein), et que, par-dessus le marché, Einstein n'y aurait rien ajouté sinon que ce qu'il ajoute (la constance de la vitesse de la lumière) ne ferait en définitive qu'embrouiller les choses ...

Cette contestation en paternité met en jeu concrètement la question de la propriété intellectuelle et le rôle de l'auteur. Einstein n'est ici qu'un cas particulier. On peut contester tout autant la paternité de la loi de gravitation de Newton. Dans un autre domaine, on verra qu'on a même contesté à Guy Debord, pourtant théoricien du détournement, la paternité de son concept de spectacle ! On ne comprend que trop, bien sûr, cette revanche des médiocres acharnés à déboulonner une statue qui leur fait de l'ombre, la haine du supérieur. […]

 

Albert EINSTEIN (1879-1955)

[…] Les idées d'Einstein ne tombent pas du ciel comme on le croit trop souvent. Au point de vue philosophique ce sont les principes d'Ernst Mach qu'il met en pratique. En physique il prolonge Boltzmann et la mécanique statistique (les fluctuations d'entropie). Il est le véritable fondateur de la physique quantique mais c'est Planck qui avait découvert les quanta en 1900. Pour la relativité, les travaux de Lorentz et Poincaré avaient déjà formellement résolus la question de l'invariance des formules de Maxwell (des phénomènes électromagnétiques) quelques soient les vitesses relatives, et donc l'invariance de la vitesse de la lumière. On ne peut même pas dire cette fois que la formule mathématique manquait, et pourtant on peut considérer que la relativité d'Einstein se distingue de celle de Poincaré par sa radicalité, menant d'ailleurs ensuite à la relativité générale qui étend l'invariance des lois de la physique aux corps en accélération (et donnant une interprétation géométrique de la gravitation qui reste problématique).

Vouloir réduire Einstein au rôle de plagiaire de Poincaré suppose d'effacer à la fois les différences entre les deux approches ainsi que toutes les réflexions d'Einstein qui ont précédé ou suivi la publication de 1905. Il faudrait minimiser aussi l'importance des autres articles publiés cette même année (c'est l'article sur l'effet photo-électrique qui lui a valu le prix Nobel, pas celui sur la relativité), sinon la contestation perd beaucoup de son intérêt. […]

Plus précisément, la critique de Hladik porte sur deux points :

1) Einstein n'aurait fait que rassembler les études éparses de Poincaré

2) il aurait ajouté l'hypothèse de la constance de la vitesse de la lumière qui introduit des confusions.

Sur le premier point on pourrait presque donner raison à l'auteur, même s'il n'est pas complètement certain qu'Einstein ait eu connaissance des publications de Poincaré (surtout celle du 5 juin 1905). Il est certain par contre que l'extraordinaire productivité d'Einstein cette année-là vient de ce qu'il se tenait au courant des dernières publications dont il tirait des conséquences immédiates et qu'il a utilisé les travaux de Poincaré mais surtout de Lorentz. Son génie n'était pas dans son cerveau (il n'y a pas vraiment "d'idée géniale") mais dans la synthèse qu'il a réalisée alors des découvertes les plus fondamentales de l'époque : celles des fluctuations de l'entropie (qui lui permet de prouver l'existence des atomes par le caractère statistique de l'entropie dans le mouvement brownien), des quanta (qui lui permet d'inventer le photon) et de la constance de la vitesse de la lumière quel que soit la vitesse de sa source (relativité). La rapidité de réaction fait partie de la découverte scientifique (la reconnaissance ne viendra pourtant que plusieurs années après) mais ce qui doit frapper plutôt c'est la cohérence d'ensemble (autour d'une théorie de la lumière) qui en assurera la pérennité (et la paternité donc). Rassembler les savoirs disponibles, ce n'est pas rien, c'est même fondamental […]. S'il y a donc bien plagiat, c'est un plagiat absolument nécessaire, aussi important pour l'évolution des idées que la sexualité et les mutations génétiques pour l'évolution biologique.


Sur le second point, on peut admettre aussi que parler de la constance de la vitesse de la lumière est source de confusions. En effet, la vitesse de la lumière n'est pas constante, elle varie selon le milieu qu'elle traverse et surtout on ne peut faire dépendre l'espace d'un phénomène particulier. […]. Reprocher à Einstein cette confusion c'est ne pas tenir compte des approximations inévitables de toute découverte ni du contexte de l'époque. En effet, c'est la constance mesurée de la vitesse de la lumière, par les expériences de Michelson et Morley, qui justifiait aux yeux des physiciens la construction de la relativité restreinte. Sans l'hypothèse de la constance de la vitesse de la lumière on ne peut plus mesurer des distances éloignées et mettre en évidence la relativité. Là encore, on voit dans cette critique une méconnaissance de la logique de la découverte scientifique qui passe par des étapes intermédiaires plus ou moins fécondes ("le faux est un moment du vrai"). On ne tire pas la vérité de son cerveau, vérité préexistante et qu'on dévoilerait une fois pour toutes ! On met plutôt à l'épreuve des approximations et des hypothèses en s'appuyant sur l'expérience historique, chaque époque corrigeant les excès et les illusions de l'époque précédente. Comme dit Poincaré : "La part de collaboration personnelle de l'homme dans la création du fait scientifique, c'est l'erreur". […]

Si on néglige donc le fait que Poincaré maintenait par exemple l'existence de l'éther, et qu'on réduit à moins que rien les apports d'Einstein dans son article de 1905, on peut arriver à prouver en effet qu'il n'a rien inventé, mais la relativité d'Einstein n'est pas celle de Poincaré.

 

[…] Cela n'empêche pas que Poincaré, mort en 1912 avant que la relativité soit véritablement admise et confirmée par l'expérience, était lui-même un incontestable génie, un des plus grands mathématiciens de tous les temps avec une profonde réflexion philosophique (le conventionnalisme de "La science et l'hypothèse") qui a d'ailleurs sans aucun doute largement inspirée Einstein. La supériorité de la position d'Einstein sur celle de Poincaré est principalement l'abandon des hypothèses traditionnelles (éther, espace et temps absolus) facilitée par la fougue de la jeunesse. Ce n'est pas rien. […]

Ce n'était donc rien que cela, ce génie qu'on nous chante ? Non, c'était beaucoup plus, c'était tout le reste, ce travail de défricheur qui nous entraîne à sa suite dans l'inimaginable, c'était un homme, un écrivain, un philosophe, le contraire de l'escroc et d'un savoir satisfait. Mais ce n'était qu'un homme de son époque, un homme comme nous sur de nombreux points, avec ses éclairs de génie, ses faiblesses et ses obstinations.

 

Source : jeanzin.fr/ecorevo/sciences/plagiat.htm

Publié dans Science

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clovis simard 31/07/2013 21:57

Einstein avait encore raison.(fermaton.over-blog.com)

Clovis Simard 11/08/2012 13:00

Blog(fermaton.over-blog.com),No-23. - THÉORÈME du GÉNIE. - C'est mathématiques et énergétique.